La saison 2026-2027 s’annonce EXPÉRIMENTALE!
Karl Turpin Bourque | le 15 Mars 2025
Si vous nous suivez depuis un certain temps, vous m’avez sûrement déjà entendu utiliser le mot “expérimental”.
Mais ça veut dire quoi, au juste?
Ché pas trop.
Pis c’est pas juste moi.
J’ai étudié en cinéma, et un cours complet portait sur cette question-là : qu’est-ce que le cinéma expérimental? Et même après une session complète, on savait pas trop. On avait des pistes. Des exemples. Des intuitions. Mais pas de définition claire.
Peut-être que c’est une question de démarche.
On pourrait dire que faire quelque chose d’expérimental, c’est prendre les outils qu’on connaît et essayer de les utiliser autrement. Mais là, ça devient juste “être original”. Le gars qui joue de la flûte à bec avec son nez, est-ce que c’est expérimental ce qu’il fait? Et si tu trouves une nouvelle manière de faire, et que tu continues de l’utiliser, à partir de quand ça arrête d’être expérimental?
Peut-être que c’est dans le résultat.
Un film étrange. Une forme inhabituelle. Quelque chose qui ne ressemble pas à ce qu’on voit d’habitude.
Mais encore là, différent pour qui?
Il y a du monde qui regarde un film comme Wavelength de Michael Snow, un zoom de 45 minutes dans une pièce, et qui se disent : ok, c’est quoi ça?
Pis y’en a d’autres pour qui c’est un classique.
Même chose avec des œuvres comme T,O,U,C,H,I,N,G de Paul Sharits, très rythmées, presque agressives, où le montage devient une expérience physique plus qu’une histoire racontée.
Pour certains, c’est du bruit. Pour d’autres, c’est de la poésie.
Crime… je pense que personne le sait pour vrai.
Pis en même temps, c’est peut-être ça, la réponse.
Le mot “expérimental” est devenu important surtout dans les années 60, à une époque où plein d’artistes avaient envie de faire autrement.
Au cinéma, en musique, en arts visuels.
Même avant ça, des gens comme John Cage, par exemple, ont commencé à dire : et si le silence faisait partie de la musique? Son œuvre 4′33″, où les musiciens ne jouent pas pendant 4 minutes 33, a complètement brassé les cartes. La “tune” devient le bruit ambiant de la pièce.
Les intellos ont ben trippé là-dessus. Mais au fond, c’était pas juste une œuvre bizarre. C’était une question : c’est quoi, la musique?
Pis le cinéma expérimental, c’est un peu la même chose. C’est quoi, un film? C’est quoi, un show de TV? Est-ce que ça doit raconter une histoire? Est-ce que ça doit avoir des personnages? Est-ce que ça doit être compréhensible?
Moi, je pense que le mot “expérimental” est difficile à définir parce qu’il a le cul assis entre deux chaises. Ce n’est pas un genre, comme la science-fiction ou l’horreur. Ce n’est pas une technique non plus.
C’est autre chose.
Une posture, peut-être.
Parce qu’à force d’être flou, il devient presque applicable à tout. Un drummer qui enregistre un album avec une trompette, c’est expérimental. Quelqu’un qui prend une caméra pour la première fois, c’est expérimental aussi. Pas parce que le résultat est bizarre. Mais parce que la personne est en train d’essayer quelque chose sans savoir exactement où ça va la mener.
C’est là que ça devient intéressant pour moi.
Parce que “expérimental”, dans ce sens-là, ce n’est pas une question de style. C’est une question de risque, d’audace, peut-être. Mais ça peut aussi être quelque chose de très simple, comme un enfant qui peint un mur avec ses mains. Sans trop se poser de questions sur la signification de ce qu’il est en train de faire, ni sur le fait qu’il va probablement se faire chicaner par ses parents.
Est-ce que tu sais déjà ce que tu fais? Ou est-ce que tu es en train de le découvrir?
La saison 2026-2027 de la TVCK s’annonce donc expérimentale, dans mon sens à moi.
Pas parce qu’on veut faire des affaires incompréhensibles, au contraire. Pas parce qu’on veut être “artistiques”, quoiqu’on l’est.
Mais parce qu’on essaie des affaires pour vrai.
On va vous proposer la saison 2 de DEHORS, qui cherche plus à créer une expérience sensorielle qu’intellectuelle.
Le projet 365, c’est une démarche collective entre citoyens. Expérimentale, parce que ça n’a jamais vraiment été fait comme ça ici, et aussi parce que plusieurs des participants n’ont jamais fait ça de leur vie.
L’Université Populaire aussi a une étrange « vibe », dans laquelle on aura un peu l’impression en tant que spectateur de faire parti de l’équipe, et de trouver la « démarche » de travail pour ce show, en le faisant avec nous.
Pis ça, pour moi, c’est précieux.
Je pense que ça fait partie du rôle des télévisions communautaires au Québec. Pas juste reproduire ce qui existe déjà. Mais tester. Essayer. Se tromper, des fois. Trouver de nouvelles manières de faire avec les outils qu’on a. On utilise souvent des outils atypiques. On souvent travaille avec du monde qui apprennent en le faisant. On se permet des idées qui ne sont pas toujours optimisées.
Pis oui, des fois ça marche moins. Mais des fois, ça donne quelque chose qu’on n’aurait jamais pu planifier.
On nous a souvent encouragés à faire du “TVA TÉMU”. On a résisté à ça. Et on est content de l’avoir fait, parce que ça donne à ce qu’on fait sa propre couleur, et on n’aurait jamais pu avoir ce genre de résultat en entrant dans le moule comme ça.
Bref, on met beaucoup d’essai-erreur, d’expérimentation, de vision et d’audace dans ce qu’on fait.
C’est pour ça qu’on utilise ce mot-là.
Même s’il est imparfait. Même s’il est flou.
Parce qu’au fond, “expérimental”, ça ne veut pas dire “inaccessible”. Ça ne veut pas dire “prétentieux”.
Pis ça tombe bien.
Parce que vous aussi, en regardant, vous faites un peu partie de l’expérience.
Peut-être que certains érudits pourraient me contredire avec une explication qui requiert une maîtrise pour la comprendre. Moi personnellement, j’ai envie de faire ça simple. J’ai envie de rendre ça accessible. J’ai envie que les gens qui voient ce qu’on fait puissent se dire : crime, j’ai le goût d’essayer de quoi moi aussi.
Mais bon.
Je n’aurais quand même pas la prétention de dire que, j’ai fini par comprendre ce que ça veut dire… “expérimental”.
Mais toi, ça veut dire quoi pour toi cet étrange mot?